Mandat municipal 2026-2032 et équipements sportifs : Convergence Sport répond à nos questions
Dans le cadre de la célébration des 50 ans de Qualisport, la table ronde « Cap 2040 : à quoi ressembleront nos équipements sportifs et ludiques ? » a réuni quatre experts pour échanger autour des évolutions et enjeux qui façonneront les équipements de demain.
Parmi eux, Cyril Cloup a apporté son regard et son expertise sur les politiques sportives et les enjeux auxquels sont confrontés les territoires. À l’issue de cette rencontre, il revient sur les défis qui se posent aujourd’hui aux collectivités et sur les choix à privilégier pour penser, rénover et faire évoluer les équipements sportifs de demain.

Consultant en politiques sportives et relations publiques, et fondateur de Convergence Sport, il accompagne les collectivités et les acteurs du sport dans leurs réflexions autour des politiques sportives, des équipements et de leur évolution sur les territoires.
Membre du groupe national de travail sur les piscines publiques ACTEE-ADEME-CEREMA, il est également le créateur de la série « Municipales Sport 2026 », qui décrypte les enjeux sportifs des territoires à travers des chiffres clés et des interviews.
Il est par ailleurs membre de la Commission d’appel de la Fédération Française de Danse et du réseau des influenceurs de la francophonie sportive.
Vous décrivez un parc d’équipements sportifs vieillissant et sous tension. Aujourd’hui, quel type d’équipement est le plus en difficulté sur le territoire français ?
Oui, nous faisons face à un patrimoine sportif vieillissant : la médiane se situe autour de 1995, et un tiers des installations ont plus de 45 ans. Aujourd’hui, les équipements les plus en difficulté sont clairement les équipements structurants : gymnases, piscines, patinoires. Ce sont ceux qui portent la pratique scolaire et associative quotidienne, et qui influencent le rayonnement du territoire.
La moitié d’entre eux n’a jamais été rénovée depuis leur construction : ils fonctionnent en mode dégradé, sous‑utilisés, parfois même en sursis.
Le cas des piscines est encore plus préoccupant : la médiane se situe en 1985, elles sont donc plus anciennes que la moyenne des équipements. Pour rappel, après la Covid‑19, nous avons observé un rythme d’une fermeture de piscine tous les quinze jours, conséquence d’un modèle économique devenu insoutenable.
Si nous avons connu deux plans successifs centrés sur les équipements de proximité, il est temps désormais de se pencher sur les équipements qui structurent la pratique quotidienne des scolaires et des associations.
On parle beaucoup de rénovation plutôt que de construction neuve. Dans les faits, est‑ce vraiment réaliste pour les collectivités ou est‑ce encore un discours théorique ?
Dans le contexte budgétaire actuel, la question que se posent les élus locaux est simple : comment absorber des coûts de fonctionnement qui ont explosé et qui pèsent lourdement sur le budget communal ?
Ce n’est pas un choix, c’est une contrainte qui s’impose aux élus locaux.
Les collectivités n’ont plus les moyens de financer des installations neuves sans avoir, au préalable, examiné l’existant. La loi Climat et Résilience et le décret tertiaire renforcent cette logique : sobriété foncière, énergétique, optimisation des surfaces.
Mais la rénovation n’est pas toujours possible ni pertinente : certains équipements sont trop vétustes, trop énergivores, ou trop éloignés des standards actuels.
Pour autant, réutiliser ou améliorer l’existant avant de construire du neuf reste cohérent dans la majorité des cas.
Vous insistez sur la nécessité de raisonner à l’échelle intercommunale. Qu’est‑ce que ça change concrètement dans la manière de concevoir un équipement sportif ?
Je précise d’emblée : je n’ai pas d’actions dans les intercommunalités !
Mais l’enjeu est clair : concevoir, financer et gérer un équipement à l’échelle du bassin de vie réel, c’est aligner l’investissement sur son périmètre d’usage.
Pour les équipements structurants — piscines, gymnases, patinoires — l’échelle intercommunale peut être la plus pertinente.
Sur les piscines : si les intercommunalités en sont propriétaires à hauteur de 27 % en France, cette proportion monte à 47 % pour les piscines mises en service depuis 2005. Ce n’est plus une théorie, c’est une réalité.
Ce qui change surtout, c’est la gouvernance et le consensus politique à trouver : une intercommunalité, c’est une communauté de communes avec autant de maires, de visions et de priorités. Mettre d’accord une trentaine voire une centaine d’élus pour des EPCI XXL sur un projet structurant est un exercice complexe.
Ensuite sur le plan technique, cela implique d’adapter le projet à la zone de chalandise intercommunale : accessibilité, transports, proximité des établissements scolaires, réseaux, énergie, foncier…
En résumé : nous sommes passés d’une intercommunalité de gestion à une intercommunalité de projet.
Les collectivités font face à des arbitrages budgétaires de plus en plus difficiles. Quels critères devraient devenir prioritaires ?
D’abord : prendre le temps de réfléchir.
80 % des désordres constatés à la réception d’un ouvrage proviennent de dysfonctionnements dans la programmation ou la conception. Et cela coûte toujours plus cher à la fin.
En début de mandat, la priorité est de réaliser un diagnostic des attentes de la population et du patrimoine sportif existant.
Si j’étais élu, ma première question serait : que puis‑je améliorer ou réutiliser dans l’existant avant d’investir dans du neuf ?
La logique actuelle n’est plus celle de l’offre, ni celle de la promesse électorale : c’est celle de la demande sociale.
Une difficulté croissante est le partage de la contrainte budgétaire avec les citoyens : comment expliquer que la ville ne pourra pas tout financer ?
Les assises locales du sport sont un outil précieux et un exercice délicat : elles permettent de partager les contraintes avec la population, d’expliquer en amont les arbitrages, et de protéger quelque part les élus locaux avant leurs décisions qui ne satisferont jamais tout le monde.
Pour terminer, si vous deviez donner une “règle simple” à un élu qui doit lancer un projet d’équipement en 2026, quelle serait‑elle ?
D’abord les usages, ensuite les équipements.
Un équipement réussi n’est pas le plus beau : c’est celui qui est aligné avec son territoire, son identité, et les attentes de la population.
J’ai résumé cette règle en 4 E, comme quatre points cardinaux pour limiter les erreurs de pilotage :
- E comme Écoute : la demande sociale, les usages, les pratiquants.
- E comme Économique : un modèle d’exploitation équilibré.
- E comme Énergétique : sobriété, optimisation des fluides, technologies adaptées.
- E comme Écologique : réduction de l’empreinte foncière, matériaux durables, énergies renouvelables.
Si ces quatre E sont intégrés dès le départ, on évite l’essentiel des erreurs dans un projet sportif.
À découvrir, la tribune « Les 10 défis des élus locaux en charge du sport durant le mandat 2026-2032 ».